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Prendre la décision de partir un an n’est peut-être pas chose facile.

Dans mon cas, j’avoue ne pas avoir réfléchi plus de 30 secondes du moins pour accepter lorsque l’on m’en a parlé, mais à cet instant je pense que l’on ne réalise pas vraiment tout ce que cela comporte.
J’imagine que ça dépend aussi de la situation personnelle.de chacun.
L’Antarctique fait rêver et les possibilités de mettre un jour le pied sur ce continent sont si rares que cela occulte aux premiers abords tout les éléments qui peuvent assombrir le tableau.

Partir une année pour Concordia c’est quitter son emploi, sa maison, sa chérie, sa famille ses amis. Jusque-là c’est comme partir en voyage. On s’adapte (ou pas…).
Ensuite, ajoutons 9 mois d’isolement complet avec 12 personnes, sans possibilités d’échappatoire. Quand vous êtes en France si la semaine s’est mal passée, si vos chefs ou vos collègues vous ont… comment dire, « gonflés », il est toujours possible de partir se détendre un week-end loin des tracas de la vie quotidienne.Ici ça n’est pas possible.

Si vous ne vous sentez pas bien au milieu des autres hivernants, pas de possibilité de changer de compagnons en cours de route.
Si le lieu et les conditions vous déplaisent, vous en prenez quand même pour une année…
Ensuite il y a le facteur risque, un accident, une maladie, une panne technique grave peuvent être le siège d’un stress inhabituel pour nous qui sommes habitués à une vie aseptisée avec un hôpital et des services de secours joignable en moins de 10minutes
La charge de travail est aussi à considérer. Imaginez que vous êtes au bureau 24h sur 24 durant une année. Bien sûr on ne travaille pas sans arrêt, mais les vrais jours de repos sont rares et parfois les journées peuvent être longues.

Une année dans une vie ça n’est pas rien et les privations seront nombreuses, la télé, internet, les sorties, les restaurants, la foule, le métro la pollution (heuuu…) la végétation, les animaux, les repas entre amis, les relations affectives (et oui à Dôme C, pas même un manchot à l’horizon...). Une fois tous les problèmes techniques, affectifs et ces quelques points bien assimilés passons maintenant à la chance et au bonheur de participer à une telle aventure.

Rien que le voyage pour arriver à Dôme C est inoubliable, ensuite sur le plan humain c’est une façon d’explorer notre capacité d’adaptation à un milieu si différent, d’entraide, et de vie en micro communauté. C’est aussi une façon fabuleuse pour apprendre à mieux se connaître dans des situations inhabituelles et de s’explorer, tellement des émotions nouvelles pointent le bout de leur nez.

C’est une expérience unique qui laissera une trace pour la vie. C’est aussi une sorte d’accomplissement. Avant de partir, un ami m’écrivait un truc du genre dans un mail

j’étais trop jeune pour la lune, L’ISS c’est « has been », mais Concordia ça c’est fun… "

Et bien oui, c’est fun, la durée déjà supérieure à la plupart des missions spatiales, l’isolement quasiment sans comparaison, les conditions extrêmes (si vous trouvez pire je ne demande qu’à tester) en font une expérience réellement unique, partagée par très peu de personnes et dans le but de servir une cause noble qu’est la science.
Bien sûr que l’espace, c’est le sommet de la pyramide, mais tellement inaccessible… Avec un hivernage à Dôme C, je me dis souvent " mais qu’est-ce que je vais bien pourvoir faire après?… "

C’est en ce sens que ma décision n’a pas prit plus de 30 secondes, c’est un peu une seconde chance après avoir rêvé étant gamin d’aller faire un tour là-haut…
Passée l’euphorie, et au bout de quelques semaines il arrive parfois que l’on ait des doutes,  ou du moins quelques inquiétudes.
Surtout la phase où l’on passe les tests médicaux et en attendant les résultats. On s’interroge sur le froid (un tout petit peu ;) ) mais surtout sur les effets de manque que l’on peut ressentir et cela s’amplifie au contact de nos proches.
Les soirées d’au revoir qui s’enchainent, les questions auxquelles on est confrontés, les encouragements ou tentatives de dissuasion qui deviennent notre quotidien.
(rien que le fait d’évoquer l’idée de partir une année dans un endroit si douillet et vous aller avoir dans votre entourage des personnes qui vont vous prendre pour un dérangé de la cafetière…)

Parfois tout cela met un peu le bordel dans les méninges, mais assez rapidement l’idée que le premier choix est le meilleur revient à l’esprit et dissipe les quelques doutes.
Dans mon cas pour la petite histoire, premier contact avec le LUAN en septembre qui me propose l’éventualité d’un hivernage.
Ensuite pour des raisons administratives tout est suspendu, je dois dire que j’avais même tiré un trait dessus jusqu'à fin octobre ou l’offre se confirme.
48h pour prendre la décision, passage des tests médicaux fin novembre, réponse le 16 décembre départ prévu le 26 décembre.
Forcement ça complique un peu tout et je n’ai pas eu le temps de me poser trop de questions, mais comme quoi c’est faisable !!!
En résumé, si vous être passionnés, que matériellement (sur le plan technique et affectif) vous pouvez partir, alors foncez !!!!
Nous en somme à 5 mois de mon départ, et malgré la charge de travail, les ennuis techniques parfois démoralisants, et le froid, pas une seule seconde je n’ai regretté ma décision. Alors, si vous rêvez d’aventure et de moments inoubliables tentez l’expérience…

 

Erick Bondoux 26 mai 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

Erick Bondoux, DC4 le 22/05/08



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